LE DESIGN ALIMENTAIRE : UNE NOUVELLE APPROCHE POUR INNOVER

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Design Innovation et créativité

Dans la série d’interview sur le thème de l’innovation agroalimentaire, Lucie Bolzec répond aux questions de direction-marketing.fr

Lucie Bolzec – Designer alimentaire

C’est quoi le design alimentaire ?

Une méthode globale

Le design tout court déjà : c’est une façon de penser, une méthode de conception qui replace l’utilisateur au centre de la réflexion du projet, en cherchant à connaître ses caractéristiques, ses habitudes, ses ressentis, ses attentes, ses besoins inexprimés… En alimentaire c’est la même démarche : Pour imaginer un produit il faut comprendre pour qui on le fait, à quoi il répond, mais aussi comment il sera utilisé, fabriqué, commercialisé… Tous ces éléments de contexte construisent le projet.
Je parle de design alimentaire comme d’une démarche très globale, car une innovation réussie doit avoir une grande cohérence. Cela implique donc de travailler sur le produit (son aspect, sa forme, sa couleur, sa texture…) sur son packaging (le volume et la communication graphique), sur les services associés, le lieu de consommation, le mode de distribution…etc.

Une approche par les usages et les représentations

La plus grande particularité de travailler dans l’alimentaire réside dans l’acceptabilité du consommateur face à une innovation. L’aliment est un produit que l’on ingère, il y a donc un rapport bien plus intime avec l’usager que dans la conception d’une chaise par exemple. Manger c’est aussi un acte social et identitaire. « dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es » (brillât-savarin). Et ça l’est d’autant plus en France, pays de la gastronomie. C’est pourquoi, en plus de la réflexion sur les usages, il est indispensable de réfléchir aussi aux imaginaires véhiculés pour créer un produit.

Concrètement, qu’apportez-vous à une équipe projet existante ?

Une vision transversale et créative

Le designer apporte un regard neuf, une certaine fraîcheur face au sujet. Et en même temps, il arrive avec une forte culture de l’univers alimentaire, dans divers secteurs . Au fur et à mesure des projets, je m’enrichis d’expériences très variées et peux m’en servir pour transposer des solutions d’un marché à un autre. Par exemple, ce que j’aurai appris dans l’univers du poisson peut potentiellement me faire rebondir sur un projet dans l’univers de la pâtisserie… ! L’idée est toujours d’essayer de penser « hors de la boîte » et d’aller chercher ses inspirations ailleurs.

Une capacité à formaliser

Mon rôle est aussi de donner vie aux idées, par le dessin mais aussi le prototype, alimentaire et packaging. Cette étape présente plusieurs bénéfices :
– Rentrer dans le concret. Ce qui amène à se poser les questions des matériaux, des formes, des saveurs, de l’ergonomie dans le scénario d’usage, du process industriel…
– Permettre de tester et de faire tester les concepts au plus proche du réel, pour tout de suite les améliorer, de manière itérative. Une démarche très pragmatique.
– Fédérer l’équipe projet, en alignant chacun sur une vision commune qui devient donc support d’échanges et de rebonds.

Quels types de missions réalisez vous ?

Elles sont très variées. Je m’adapte à chaque projet en proposant un accompagnement adapté, en fonction de la valeur que je peux y apporter. Quelques exemples :
– De la génération de concepts lors de workshops, ou en mode « design sprint ». Ces temps courts de créativité sont souvent alléchants pour les industriels car ultra efficaces pour imaginer un maximum d’hypothèses. Il est cependant important de les associer à des temps plus longs de réflexion, de développement, de prototypage et d’itération pour assurer la qualité finale d’un projet.
– Une réflexion d’usage, en travaillant sur l’ergonomie, la praticité d’un packaging, avec toutes les contraintes industrielles que cela implique. C’est là ma casquette « designer de produit industriel » qui ressort (ma formation initiale).
– Des veilles exploratoires pour comprendre les tendances de consommation et identifier des opportunités d’innovation. Il m’est arrivé de faire des cahiers de tendances « food » très larges, et d’autres très spécifiques sur un sujet précis. Tout dépend de son utilisation et de son objectif.
– Des scénarii d’usages, de l’observation terrain, un peu de graphisme pack, de la formation, …

Qui sont vos interlocuteurs ?

Tout dépend du client. Ce sont parfois les dirigeants lorsqu’il s’agit de startups ou lorsque le projet est très prospectif et stratégique pour l’entreprise. Pour un projet d’innovation plus classique, j’échange le plus souvent avec les services marketing, mais j’aime que les divers volets de la R&D soient également parties prenantes. L’idéal étant toujours d’avoir un maximum de compétences métiers autour de la table.
Au delà de l’équipe interne du client, je travaille régulièrement avec d’autres expertises externes, comme des chefs, des planners stratégiques, des illustrateurs, des communicants, des prospectivistes, des sociologues… Ces échanges sont toujours très riches pour le projet, mais aussi pour chacun de nous.

Y a-t-il un type de produits sur lequel vous aimeriez travailler ?

Dans la catégorie des aliments « du futur », j’ai déjà beaucoup travaillé sur les algues. Ca m’amuserait maintenant de travailler sur les insectes ou sur les protéines végétales. Au delà du travail sur les usages ou les rituels de consommation, il y a dans ces projets des enjeux de perception (imaginaires véhiculés) et une approche « sciences humaines » qui m’intéressent beaucoup. C’est en plus une typologie de produits en pleine mutation, il y a beaucoup à imaginer !
J’aimerais travailler aussi sur du service, ou sur des expériences de consommation globale. Je pense en effet que l’innovation se porte de plus en plus sur de l’immatériel. Le consommateur souhaite toujours de bons produits, qui répondent à ses besoins fonctionnels (=se nourrir) mais il attends aujourd’hui plus qu’une offre rationnelle. Il cherche à vivre une expérience valorisante, surprenante, marquante, à travers l’achat ou l’utilisation de ces produits. Quelque chose d’unique, le petit truc en plus qui fait appel à l’émotionnel.

Lucie Bolzec

propos recueillis par Alexandre Durand pour direction-marketing.fr