Dessin du mois d’octobre

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Illustration

Nicolas Verrier éclaire les esprits depuis des lustres. Après 25 ans de collaborations éditoriales et graphiques en télé, vidéo, radio, web et print, il crée ÉCLAIRAGE PUBLIC, enseigne spécialisée dans la visualisation de l’information (infographies, data visualisations, information design).

Nicolas Verrier
Infographe, Data Designer Fondateur d’ÉCLAIRAGE PUBLIC

Nicolas est convaincu, à la suite de ce cher Confucius, qu’une image vaut mille mots… et autant de chiffres. 😉 Avec le Petit Guide d’Introduction à la Dataviz, il vous donne les clés d’une bonne visualisation de données. Parce qu’il n’y a pas que le camembert dans la vie ! Il répond aux questions de direction-marketing.fr

Est-ce que vous vous définissez comme un illustrateur ? ou comme un graphiste ?

Ni l’un, ni l’autre, ce ne sont pas les mêmes métiers, bien que j’emprunte aux deux… 😉

Un illustrateur est avant tout un dessinateur. Il dessine, par exemple en marge d’un article ou d’une histoire, une scène, pour plonger le lecteur dans un univers visuel et représenter le texte, le propos. Il n’est pas là pour l’expliquer. Ni le clarifier. Juste pour l’illustrer, l’encrer et l’ancrer. Ce qui est déjà une sacrée compétence et un superbe métier. 😉

Le graphiste, lui, n’est pas forcément un dessinateur. En tout cas ce n’est pas son métier qui se rapproche plutôt de celui (selon les cas de figure) d’un metteur en scène, d’un décorateur, d’un costumier, d’un maquilleur. Son travail est de rendre le message visible, lisible, attrayant, harmonieux, vecteur de sens tant qu’à faire, en jouant sur les couleurs, les formes, la disposition de l’information, etc.

En ce qui me concerne, je suis infographe (et non pas infographiste : l’infographiste c’est un graphiste qui utilise l’informatique).

On parle d’infographe comme on parle de géographe. Les deux métiers sont proches. Là où le géographe utilise la graphie pour visualiser, décrire la terre, l’infographe utilise ces mêmes techniques visuelles pour traiter l’information et la rendre ainsi plus claire. Pas étonnant d’ailleurs que l’infographie ait longtemps été portée par la cartographie. Il s’agit, dans les deux cas, de la visualisation d’informations, de flux, beaucoup plus “parlants” que des mots. Essayez de raconter de façon claire, uniquement avec des mots, comment est faite la France, ses reliefs, ses côtes, ses cours d’eau…. bon courage ! 😉 Vous verrez qu’immédiatement vous aurez naturellement besoin de recourir à un dessin. Une image vaut mille mots, comme disait ce cher Confucius…

Auparavant, j’ai longtemps été rédacteur, journaliste, rédac chef, directeur éditorial. Et c’est parce que je suis convaincu qu’un schéma vaut mieux qu’un long discours que je fais ce métier depuis maintenant 8 ans.

Vous proposez une patte, un style ? Ou vous vous adaptez au style de communication souhaité par vos clients ?

Non, je m’adapte bien entendu toujours au contexte de la communication, du message, de l’émetteur et du récepteur. La prise en compte de ces trois éléments est un préalable à toute création.

J’ai un long parcours dans les domaines de l’information et de la communication, grand public ou corporate, ce qui me permet de bien connaître les exigences de chacun des secteurs et leur logique en termes d’identité et d’image.
C’est, à ce titre, une démarche qui va bien au delà de la simple reprise-adaptation de la charte graphique qui est un minimum syndical ;). Car on peut représenter des données de milliers de façon différentes. Les seules limites sont la créativité, le temps et l’argent. En restant toujours guidés par un seul souci : la clarté ! C’est la raison d’être de ce métier. On peut faire de jolies choses graphiquement, mais si elles n’apportent rien, si elles ne servent pas à éclairer le lecteur, alors ça ne sert à rien. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai baptisé mon enseigne ÉCLAIRAGE PUBLIC.

Quels sont les indicateurs qui permettent d’évaluer l’impact d’une infographie ?

Les indicateurs d’évaluation de l’impact d’une infographie ou d’une data visualisation sont les mêmes que ceux qui existent pour les autres types de communication. Pas de miracle sous le sapin.
Le succès d’une infographie postée sur le web peut effectivement être mesuré, entre autres, à son nombre de partages ou de vues. Mais quid d’une infographie ou d’une dataviz print ? Là, vous devrez faire comme vous le faites pour évaluer une nouvelle maquette, ou la pertinence d’un traitement éditorial, c’est à dire passer par des études quali.
Mais en général, si vous servez deux assiettes, l’une avec un camembert déjà servi mille fois et l’autre avec une chouette dataviz mitonnée aux petits oignons, vous vous doutez bien de l’attrait et de l’impact que pourra avoir votre créa. 😉

Quels éléments doit-on vous fournir dans un brief pour que vous puissiez créer une infographie pertinente ?

Une infographie relève de deux choses : l’information et la communication.

Pour que l’information que l’on tente d’éclairer le soit, il faut déjà avoir en main toutes les infos à traiter/visualiser. Ça c’est le postulat de départ. Dans le cas d’une dataviz, on peut partir de simples tableurs excel, qui sont, pour nous, très parlants. Dans le cas d’une infographie, tout dépend du sujet. Mais ce qui est vital c’est d’avoir en amont toutes les infos nécessaires à la compréhension du sujet. Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement. Et comme notre métier est d’être clair, il est vital pour nous de bien saisir le sujet afin de pouvoir éclairer au mieux le lecteur. Des infos parcellaires en amont donneront une infographie bancale en aval. Rien d’étonnant. 😉 Et c’est ce qui fait la différence avec un simple graphiste. L’infographe est un professionnel de l’information, qui la traite graphiquement. Sa faculté d’analyse et de synthèse de l’information, en amont, est fondamentale.

Ensuite vient la façon dont on va traiter cette information graphiquement. Et là entrent en scène les contraintes à prendre en compte qui sont celles que l’on retrouve dans toute communication visuelle : qui parle, quelle est son identité, son image, que veut-on faire passer comme message ?; à qui parle-t-on, sur quel ton ?; quelle est la place dont on dispose pour s’exprimer, quels sont les supports, les médias, la durée ? etc.

Une fois que l’on a ces deux éléments d’information et de communication, on peut commencer à travailler dans le cadre d’un budget qui aura été établi au préalable et faire, selon les cas, du fast-feed (de l’information à avaler sur le pouce) ou de la cuisine étoilée… 😉

Nicolas Verrier – Éclairage public.
Propos recueillis par Alexandre Durand pour direction-marketing.fr